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Les dix droits imprescriptibles du lecteur selon Daniel Pennac

Les dix droits imprescriptibles du lecteur selon Daniel Pennac

Les droits imprescriptibles du lecteur sont dix libertés que Daniel Pennac énonce à la fin de son essai Comme un roman (Gallimard, 1992) : ne pas lire, sauter des pages, ne pas finir un livre, relire, lire n'importe quoi, et cinq autres. Ancien professeur, l'auteur y défend le plaisir contre un enseignement de la lecture vécu comme une corvée, et ses bienfaits de la lecture sur l'esprit passent par ce droit de choisir.

Dix droits, un seul principe

  • Le lecteur ne doit rien au livre : c'est le livre qui doit lui donner envie de continuer.
  • La liste clôt Comme un roman, essai écrit par un enseignant pour des parents et des professeurs.
  • Les droits 1 à 4 portent sur le rythme, les droits 5 à 10 sur la manière de lire.

D'où vient la liste des dix droits du lecteur ?

La liste des dix droits du lecteur ferme Comme un roman, un essai que Daniel Pennac publie chez Gallimard en 1992. Le livre suit quatre mouvements : la naissance du goût de lire chez l'enfant à qui l'on raconte des histoires, le « dogme » du « il faut lire » qui transforme ce goût en devoir, la façon de redonner un texte à lire à des adolescents fâchés avec les livres, et enfin les droits du lecteur, présentés comme la conclusion pratique de tout ce qui précède.

Pennac connaît le sujet de l'intérieur. Né en 1944 à Casablanca, il a été professeur de lettres et a enseigné le français pendant de longues années avant de vivre de sa plume, et le texte s'appuie sur cette expérience de classe : un professeur qui lit à voix haute un roman à des élèves persuadés de détester la lecture, sans contrôle ni fiche à remplir, jusqu'à ce qu'ils réclament la suite. La liste n'est donc pas un manifeste abstrait, elle répond à une question d'enseignement concrète : comment rendre un livre désirable à quelqu'un qui n'en a jamais ouvert un par plaisir ?

Le mot « imprescriptible » vient du vocabulaire du droit : un droit imprescriptible ne s'éteint pas avec le temps, personne ne peut le retirer. L'auteur l'emploie avec humour, mais le sens est sérieux : le lecteur garde ces libertés à tout âge, à l'école comme ailleurs.

Les dix droits imprescriptibles du lecteur, un par un

Les droits imprescriptibles du lecteur se lisent dans un ordre précis, du plus radical (ne pas lire du tout) au plus intime (garder sa lecture pour soi). Voici la liste telle que Daniel Pennac la formule, avec ce que chaque droit autorise concrètement.

N°Le droitCe qu'il permet au lecteur
1Le droit de ne pas lirePréférer une autre activité sans être jugé
2Le droit de sauter des pagesPasser une description ou un chapitre qui ennuie
3Le droit de ne pas finir un livreAbandonner un roman sans culpabilité
4Le droit de relireRevenir à un texte déjà connu pour le retrouver
5Le droit de lire n'importe quoiChoisir une lecture sans souci de légitimité
6Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)S'identifier aux personnages, se laisser emporter
7Le droit de lire n'importe oùLire au lit, dans le train, en cachette
8Le droit de grappillerOuvrir un livre au hasard et piocher un passage
9Le droit de lire à haute voixEntendre le texte, le partager
10Le droit de nous taireNe pas avoir à commenter ce qu'on a lu

Ne pas lire, sauter des pages, ne pas finir : le droit au rythme

Le droit de ne pas lire ouvre la liste parce qu'il conditionne tous les autres : une lecture imposée sous la menace d'une note produit rarement un lecteur. Pennac ne fait pas l'éloge de l'ignorance ; il constate qu'on ne peut pas ordonner un désir, et que le reproche fait à l'enfant qui ne lit pas l'éloigne encore davantage des livres.

Le droit de sauter des pages vise les longueurs. L'auteur prend l'exemple des grands romans du XIXe siècle que beaucoup ont découverts en passant les descriptions : mieux vaut un adolescent qui saute des pages de Moby Dick et arrive au bout qu'un lecteur qui renonce à la page quarante. Sauter des pages n'est pas lire en diagonale par paresse, c'est garder le fil d'une histoire ; ceux qui veulent aller plus loin trouveront des méthodes dans notre article sur la lecture rapide et ses techniques.

Le droit de ne pas finir un livre complète les deux premiers. Un roman abandonné n'est pas un échec : il peut attendre quelques années, ou ne jamais convenir. Les lecteurs qui accumulent les ouvrages commencés le savent bien, et c'est aussi ce qui allège une pile à lire qui déborde : on a le droit d'en sortir un titre sans l'avoir terminé.

Relire et lire n'importe quoi : la liberté de choisir ses livres

Le droit de relire répond à ceux qui jugent qu'un livre déjà lu est un livre « fait ». Pennac décrit la relecture comme une autre lecture : on ne relit pas pour vérifier ce qu'on sait, on relit pour retrouver un plaisir ou découvrir ce qu'on n'avait pas vu. Un enfant qui réclame dix fois la même histoire exerce déjà ce droit, et l'adulte qui rouvre un roman de jeunesse aussi : une série comme Harry Potter, relue tome après tome par des lecteurs devenus grands, en est un exemple que tout le monde connaît.

Le droit de lire n'importe quoi est le plus discuté. Pennac distingue les « bons » et les « mauvais » romans, il ne les confond pas, mais il refuse qu'on interdise les seconds : c'est souvent en lisant des livres jugés faciles qu'on finit par ouvrir les autres. Peu importe la légitimité culturelle d'une bande dessinée, d'une série de fantasy, d'un roman sentimental ou d'un polar de gare ; ce qui importe, c'est que le lecteur y revienne de lui-même.

Bovarysme, grappiller, lire à voix haute : la manière de lire

Le droit au bovarysme, que Pennac sous-titre « maladie textuellement transmissible », emprunte son nom à l'héroïne de Flaubert, Emma Bovary, qui confond sa vie et ses lectures. L'auteur défend cette émotion immédiate, larmes et frissons compris : elle fait partie de l'apprentissage, et le lecteur apprend avec le temps à la regarder avec distance, sans qu'il faille la lui interdire au départ.

Le droit de lire n'importe où et le droit de grappiller parlent des circonstances. Lire dans la salle de bains, dans le métro ou sous les draps avec une lampe ; ouvrir un livre au milieu, lire trois pages et le refermer : ces habitudes n'ont rien de fautif. Grappiller est même une bonne façon de découvrir un auteur, ou de reprendre contact avec la lecture quand on a perdu l'habitude de lire, comme le montre notre article pour se mettre à la lecture quand on n'aime pas lire.

Le droit de lire à haute voix tient une place à part dans Comme un roman : c'est par la lecture à voix haute que le professeur décrit dans l'essai réconcilie sa classe avec les livres. Entendre un texte change son effet, et le partager à voix haute en fait un moment commun plutôt qu'un exercice.

Le droit de nous taire, le plus mal compris

Le droit de nous taire clôt la liste et heurte directement l'enseignement scolaire de la lecture, fondé sur le résumé, la fiche de lecture et le commentaire. Pennac rappelle qu'une lecture peut rester secrète : ce qu'un livre a remué chez quelqu'un ne se rend pas toujours en mots, et l'obligation d'en rendre compte peut gâcher le plaisir qu'on voulait encourager.

Ce droit ne condamne pas l'échange. Beaucoup de lecteurs aiment parler de leurs livres, tenir un carnet ou un blog ; le droit de se taire signifie seulement que cette parole reste un choix, jamais une condition pour être reconnu comme lecteur.

Comment les droits du lecteur sont-ils utilisés en classe ?

Les droits du lecteur selon Daniel Pennac sont affichés dans de nombreux CDI, bibliothèques et salles de classe, de l'école primaire au lycée. Dans l'enseignement général comme dans l'enseignement technologique et l'enseignement professionnel, des professeurs documentalistes s'en servent pour ouvrir une séquence sur la lecture plaisir : chaque élève choisit le droit qui lui parle et explique pourquoi, ce qui fait souvent émerger les mauvais souvenirs scolaires liés aux livres.

La liste a aussi connu des versions illustrées. Gallimard Jeunesse a diffusé une affiche des droits du lecteur dessinée par Quentin Blake, l'illustrateur des livres de Roald Dahl, et un livre animé en pop-up conçu par l'illustrateur Gérard Lo Monaco, spécialiste des ouvrages animés, met en scène chaque droit sur une double page. Avec ce pop-up, Gérard Lo Monaco fait des dix droits un grand livre à manipuler, pensé pour les petits comme pour les adultes qui collectionnent les livres animés. Ces supports ont contribué à faire des dix droits un objet connu dans le monde du livre bien au-delà des lecteurs de l'essai, des médiathèques aux librairies.

Les avis des lecteurs et des enseignants restent partagés sur un point : certains estiment que le droit de ne pas lire, mal compris, peut servir d'excuse ; d'autres répondent que Pennac écrit justement pour ceux que l'obligation a éloignés des livres. Les deux lectures se retrouvent dans les débats pédagogiques depuis la parution.

Quelles éditions de Comme un roman trouver aujourd'hui ?

Comme un roman se trouve aujourd'hui surtout en format poche, dans la collection Folio de Gallimard, des années après sa première parution en grand format. Les nouveaux lecteurs le découvrent souvent en classe de français, car le récit figure dans de nombreuses listes de lecture du collège et du lycée, et le texte a été traduit en langue étrangère dans une grande partie du monde ; la version anglaise, The Rights of the Reader, reprend d'ailleurs les dessins de Quentin Blake.

Pour qui cherche les dix droits seuls, plusieurs formats coexistent : l'affiche, souvent imprimée pour les CDI, le livre animé de Gérard Lo Monaco, et les nombreuses reproductions de la liste dans des manuels scolaires. Ces dernières ne donnent pas toujours le détail de chaque droit : le texte complet de Pennac reste la meilleure source d'information sur ce que l'auteur voulait dire, droit par droit. Les lecteurs ont le droit de commencer par la liste et de lire ensuite le livre entier ; beaucoup le font, et y trouvent un vrai trésor de souvenirs de classe.

Au théâtre, le texte a lui aussi trouvé une seconde vie : des comédiens, et Pennac lui-même, en ont donné des lectures sur scène, et des adaptations de Comme un roman au théâtre circulent dans les festivals et les établissements scolaires. Le passage de la page à la scène prolonge l'idée centrale du livre : un texte entendu touche des spectateurs qui ne l'auraient peut-être jamais ouvert.

Daniel Pennac, un auteur entre classe et roman

Daniel Pennac est d'abord connu pour la saga Malaussène, ouverte en 1985 avec Au bonheur des ogres, qui suit Benjamin Malaussène, « bouc émissaire » professionnel, et sa tribu à Belleville. Cette série au ton de roman policier compte notamment La Fée carabine et La Petite Marchande de prose, et Pennac l'a reprise des années plus tard avec Le Cas Malaussène puis Terminus Malaussène : une saga qui a installé l'auteur parmi les romanciers les plus lus de la littérature française contemporaine. Pennac a aussi porté ses textes au théâtre, en lisant lui-même sur scène dans un parcours d'écrivain peu commun, ce qui prolonge le droit de lire à haute voix défendu dans l'essai. Il a aussi écrit pour la jeunesse, notamment Cabot-Caboche et L'Œil du loup, des livres très présents dans les programmes de lecture à l'école.

En 2007, il revient sur l'école dans Chagrin d'école, prix Renaudot, où il raconte l'élève en échec qu'il a été avant de devenir professeur. Ce livre éclaire les droits imprescriptibles du lecteur : l'auteur parle en ancien cancre autant qu'en enseignant, et c'est ce double regard qui rend la liste convaincante pour des lecteurs que l'école avait découragés.

Ce que la liste de Pennac change pour un lecteur adulte

Pour un lecteur adulte, la liste de Pennac sert surtout à lever la culpabilité : livres commencés et laissés de côté, relectures jugées inutiles, goûts considérés comme peu sérieux. Relire les dix droits rappelle que la liberté de lire inclut le droit de ne pas tout lire, de ne pas tout finir et de ne rien dire.

Elle invite aussi à transmettre autrement : lire à voix haute à un enfant, laisser un adolescent choisir son roman, ne pas transformer chaque livre offert en devoir. Le meilleur conseil que tirent les parents de ce texte tient là : on donne envie de lire en montrant ce qu'on y trouve, pas en l'exigeant. Un autre conseil, souvent repris par les bibliothécaires, consiste à proposer plusieurs titres à un élève plutôt qu'un seul, pour que le choix lui revienne ; le dernier conseil de Pennac, enfin, est de ne pas interroger le jeune lecteur après chaque chapitre.

Trois questions sur les droits du lecteur

Dans quel livre Daniel Pennac a-t-il écrit les droits du lecteur ?

Daniel Pennac a écrit les droits du lecteur dans Comme un roman, essai paru chez Gallimard en 1992. La liste des dix droits en forme la dernière partie.

Combien y a-t-il de droits imprescriptibles du lecteur ?

Il y a dix droits imprescriptibles du lecteur, du droit de ne pas lire au droit de nous taire, en passant par le droit de relire et le droit au bovarysme.

Pourquoi parler de droits « imprescriptibles » ?

Le terme « imprescriptible » désigne en droit ce qui ne se perd pas avec le temps : Pennac l'emploie pour dire que ces libertés appartiennent au lecteur à tout âge et que personne ne peut les lui retirer.

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