La Seconde Guerre Mondiale en littérature

Bonjour,

Il y a deux jours, nous fêtions l’armistice de la Seconde Guerre Mondiale. J’ai donc eu envie de vous donner quelques conseils de lectures incontournables sur le sujet.

Depuis que j’ai étudié cette période historique en profondeur, notamment au lycée, je me suis passionnée pour la littérature concentrationnaire notamment. Même si le sujet est dur, c’est avec plaisir et émotion que je vous partage ces conseils lecture.

C’est parti.

Si c’est un homme de Primo Levi

Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945. Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les «sélections» périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les fours crématoires…

Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Un chef d’oeuvre, vraiment.

Le Journal d’Anne Franck

Anne est une enfant juive de 13 ans lorsqu’elle commence à écrire son journal le 12 juin 1942. Elle y raconte sa vie clandestine au quotidien, obligée de se cacher avec sa famille dans «l’annexe» du bureau paternel. Se sentant terriblement seule et recluse et obligée de vivre dans des conditions plus que précaires, Anne s’invente une amie imaginaire, Kitty, a qui elle confie ses peurs et les déboires que les juifs sont obligés de subir au quotidien. Elle raconte également à Kitty des choses plus banales mais importantes pour une enfant de son âge, à savoir par exemple son amourette avec le jeune Peter. Étrangement lucide et très précoce pour son âge, Anne a, pourrait-on dire, le malheur de comprendre tout ce qui se passe et la détresse de ses parents qui se retrouvent impuissants devant la barbarie nazie et devant leur incapacité à protéger leurs enfants.
Le journal s’achève le 1er août 1944 et Anne mourra peu de temps après dans le camp de Bergen-Belsen à l’âge de 15 ans.
Magnifique ouvrage dont la lecture ne laisse pas le lecteur indemne. Anne est une enfant très lucide en ce qui concerne l’un des pires évènements de l’histoire mondiale, à savoir le génocides des juifs.

Le Silence de la mer de Vercors

Sous l’Occupation, une famille française est contrainte de loger Werner von Ebrennac, un officier allemand : c’est un homme de grande culture, souriant, sensible et droit.

Pourtant, soir après soir, le nouveau maître du pays ne trouvera que le silence obstiné de ses hôtes.

Le Silence de la mer, devenu un classique traduit dans le monde entier, loué, étudié, adapté au cinéma, est le premier grand livre de la Résistance où Jean Bruller, alias Vercors, a su dépeindre l’amertume et le désespoir de ces années de « catacombes ».

Une Jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

Simone Jacob commence par nous raconter son enfance, passée à Nice, ainsi que le parcours de sa famille jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale.
La montée du nazisme et de l’antisémitisme y sont décrites dans leurs différentes étapes. Jusqu’en 1943, les juifs se trouvent plus ou moins en sécurité à Nice. Mais durant l’été, les Italiens signent l’armistice et quittent la région. Les Allemands débarquent dans la région et c’est là que le danger les menace fortement : de nombreuses arrestations ont lieu. Pour se protéger, la famille de Simone Jacob se sépare et se dote de fausses cartes d’identité. Mais un concours de circonstance fera qu’ils seront tous arrêtés avant d’être déportés. Commence alors le récit de l’horreur vécue dans les camps de concentration, à 17 ans. Simone Veil, comme tant d’autres, sera confrontée à l’insalubrité des camps, à la déshumanisation et à la perte d’identité.
Simone Veil a survécu à l’horreur des camps, elle y aura tout de même perdu sa mère, son père ainsi que son frère. Arrive ensuite l’étape de la reconstruction, comment vivre après cette effroyable réalité ?  Malgré les atrocités vécues, elle a d’abord trouvé le courage et la force de lutter pour sa propre condition féminine avant de se battre pour celui des toutes les femmes. Son combat restera gravé dans les mémoires et aura permis une énorme avancée pour les femmes.

Cette édition pédagogique regroupe les quatre premiers chapitres de l’autobiographie Une vie et couvre la période 1927-1954 de la vie de l’auteure.
Ce que Simone Veil a vécu durant ces années – où elle passa d’une enfance protégée à l’horreur des camps de concentration, puis retourna à la  » vie normale  » – sans pouvoir partager son expérience avec ceux qui ne l’avaient pas connue, s’inscrit dans le nécessaire devoir de mémoire des jeunes générations.

Source de réflexions, son sobre récit est également une leçon de courage et d’espoir.

Un sac de billes de Joseph Joffo

Une belle autobiographie de Joseph Joffo qui raconte sa jeune existence de petit juif dont le jour où, son frère et lui, reçurent l’étoile jaune, fut celui qui marqua un tournant dans leurs vies. Les voici partis en cavale dans presque toute la France pour échapper aux nazis qui les traquaient.
C’était la fin prématurée de leur enfance et de leur innocence et ils devaient faire face à toute sorte de dangers pour survivre.
J’invite à tous ceux qui ne l’ont pas lu, à suivre les grandes cavales des frères Joffo, ballottés d’un bout à l’autre de la France, cachés en permanence des nazis, faisant des pieds et des mains pour s’en sortir.

W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec

Deux histoires croisées, tressées par endroits, qui ne se rejoignent qu’à la subtile intersection des deux V. L’une autobiographique, l’autre inventée.
La première est la vie quotidienne de l’auteur au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Elle ne présente comme aventure remarquable « que » le fait d’être élevé par sa tante et celui de ne jamais revoir ses parents. Il se fie tant bien que mal à des photos, à des souvenirs imprécis ou imaginés, à des recoupements d’après guerre. C’est minutieux et volontaire.
La deuxième, fictive, décrit un camp a priori idéal pour athlètes olympiques. Les athlètes ont été acheminés sur l’île W pour devenir les meilleurs aux Jeux. Ils ne quitteront jamais l’île. Ces hommes aux instincts débridés, ne respectent qu’une règle, celle de gagner à tout prix.

Mais, bien sûr, c’est une fiction ! Ramenée à l »époque réelle, entre 1942 et 1945, elle prend des allures plus explicites et chaque mot sonne comme un glas.

L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun

Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré le 11 avril 1945. L’étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n’est pas donné à ceux qui n’ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu’on peut exorciser la mort par l’écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s’arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme.

Mélange de détails bouleversants et de scènes futiles de la vie ordinaire, ce livre interroge de mille façons la vie et la mort dans une alternance de dialogues et de monologues saisissants.

Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible.
Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie va changer à jamais.
Elle s’appelait Sarah, est l’histoire de deux familles que lie un terrible secret, c’est aussi l’évocation d’une des pages les plus sombres de l’Occupation.

C’est en hiver que les jours rallongent de Joseph Bialot

Joseph Bialot a été prisonnier à Auschwitz d’août 1944 à janvier 1945 et nous livre ici un sobre récit de cette expérience extrême dont il n’est pas ressorti indemne.
Arrêté et torturé par la Gestapo, il est déporté car résistant et juif. A son arrivée, il échappe à la chambre à gaz et est confronté à une nouvelle réalité qui veut que rien de ce qui régissait sa vie d’avant n’existe plus, que l’homme qu’il était n’existe plus. Les quelques mois qu’il va passer à Auschwitz seront un long combat pour garder une part de son identité dans un univers totalitaire qui a pour objet de lui dénier toute humanité. Il raconte le quotidien impensable du camp.
Rentré en France, il retrouve ses parents et sa soeur et devra apprendre à revivre avec le fardeau des souvenirs qui ne lui laisseront pas de répit.

Le livre est conçu comme une suite de retours en arrière pendant la traversée du voyage que l’auteur fit d’Odessa à Marseille après sa libération et durant laquelle sa pensée était ramenée vers le camp par de petits gestes du quotidien qui semblent anodins mais qui avaient une toute autre dimension dans l’univers concentrationnaire : un repas, le soleil sur le pont, une douche…

Sobibor de Jean Molla

L’écriture fluide de Jean Molla nous mène dans l’enfer de l’anorexie et parallèlement, du camp d’exterminatin de Sobibor et des atrocités qui s’y sont passées.

Il y a donc une histoire dans l’histoire : d’abord, une jeune fille de 17 ans raconte comment elle en est arrivée à ne plus manger, et puis à s’empiffrer, à vomir.
Et puis elle découvre un cahier secret, car dans sa famille, il y a un GRAND secret. Et là, cela va déclencher une crise encore plus grave. Car outre l’horreur du camp, elle se rend compte que cela touche sa famille.
Le passé déborde sur le présent, il nous fait mal, mais il raconte ce que nous sommes capables de faire, ce que nous devons éviter à l’avenir.
Un très bon roman sur la mémoire, le mensonge, le silence.

La Mort est mon métier de Robert Merle

Comment appelle-t-on un homme qui fait du massacre en masse ? Un bourreau ? Un tyran ? Un « génocidaire » ? La réponse de Robert Merle donne son titre à l’ouvrage : il s’agit d’un homme dont « La mort est le métier ». Sur la base des rapports de psychiatrie de Rudolf Hess et des rapports du procès de Nuremberg, Merle nous livre la vie, l’histoire et les pensées de Rudolf Hoss, commandant du camp d’extermination d’ Auschwitz-Birkenau.

Un excellent roman historique. Mais ce livre est très noir, très dur puisqu’il nous conduit dans les chambres à gaz et les fours crématoires d’Auschwitz. Obéir sans réfléchir, sans activer sa conscience, uniquement pour faire son devoir, peut amener à des conséquences dramatiques, désastreuses, voilà la leçon que nous enseigne entre-autres l’auteur.

Sans chercher à stéréotyper l’homme allemand, Robert Merle cherche à nous faire partager la pensée d’un individu endoctriné parmi d’autres, comme tant d’autres. 

L’Armée des ombres de Joseph Kessel

Londres, 1943, Joseph Kessel écrit L’Armée des ombres, le roman-symbole de la Résistance. Il met en scène plusieurs personnages qui décident de préparer « des lendemains qui chantent » en refusant le régime oppressif et en luttant pour leur liberté. Ils rejoignent la résistance à leurs risques et périls, acceptent l’instabilité, les changements d’identité soudains, les trahisons de certains, ils acceptent de laisser quelquefois les leurs derrière eux, ils acceptent de vivre avec la mort à leurs côtés, ils acceptent beaucoup pour pouvoir ensuite se regarder en face dans la glace.

Ces personnages montrent la voie vers la liberté et encouragent à ne pas courber le dos devant l’oppression. Ensemble, ils forment un réseau dense et soudé qui ébranle les pouvoirs en place. Ces hommes et ces femmes ont réellement existé, Kessel s’est en effet inspiré de témoignages recueillis lors de rencontres avec des résistants en mission à Londres pour créer ces personnages fidèles aux originaux.

La Goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

Parmi les hantises récurrentes d’Hitler, il y avait la peur d’être empoisonné. Aussi, une dizaine de « goûteuses » étaient à son service, testant tous les plats, tous les ingrédients qui passaient par sa cuisine.Enrôlées de force, les goûteuses doivent manger, que cela leur plaise ou non. Le Führer s’attablait une heure plus tard… s’il n’était rien arrivé à ses goûteuses.

Parmi elles, Rosa, qui vient de Berlin, est considérée comme une étrangère parmi ses compagnes de service.

Qu’une nation soit prête à sacrifier ainsi des êtres humains, qui plus est appartenant à son propre peuple, est très révélateur de l’endoctrinement massif qui avait cours à cette époque : rien n’était trop beau pour le Führer, tout lui était dû, y compris des vies humaines.

Maus de Art Spiegelman

Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.
Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.
Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.
Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

N’hésitez pas à me donner vos avis sur ces lectures mémorables.

A bientôt.

Fanny

3 réflexions sur “La Seconde Guerre Mondiale en littérature

Répondre à uneviedeslivres Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s