Je vous aime..

Bonjour,

En ce jour de Saint Valentin, je viens vous parler d’amour, et plus précisément de lettres d’amour.

Je trouve qu’il n’y a rien de plus romantique que d’écrire une lettre à son amoureux/se. A l’ère des écrans, textos, mail et j’en passe, il devient urgent de remettre à l’honneur la lettre ou du moins le billet doux, qu’en pensez-vous ?

Ainsi, je vous propose aujourd’hui la lecture de 5 extraits de belles lettres littéraires.

Lettre 1 : Napoléon Bonaparte à Joséphine

Pour le général Bonaparte, 1796 est l’année de la campagne d’Italie. Il a 27 ans et brûle d’amour pour l’inconstante Joséphine de Beauharnais, restée à Paris. Pendant les préparatifs de l’expédition, sur la route, entre les batailles qui vont lui donner l’avantage sur les Piémontais et les Autrichiens, Bonaparte écrit sa passion, sa jalousie, son impatience et offre ses victoires à la femme qu’il aime.

30 mars 1796

Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer ; je n’ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m’éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c’est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c’est que cela peut avancer de quelques jours l’arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse, tu me traites de vous.

Vous toi-même ! Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre ! Qu’elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours ; qu’as-tu fait, puisque tu n’as pas écrit à ton mari ?… Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l’évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L’Enfer n’a pas de supplice ! Ni les Furies, de serpents ! Vous ! Vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?…

Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m’effraie… Tu m’aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m’aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur… Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j’aime, que je crains, qui m’inspire des sentiments tendres qui m’appellent à la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni fidélité, mais seulement… vérité, franchise sans bornes. Le jour où tu dirais « je t’aime moins » sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents.

Joséphine, Joséphine ! Souviens-toi de ce que je t’ai dit quelquefois : la Nature m’a fait l’âme forte et décidée. Elle t’a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m’aimer ? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon cœur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux… Je suis ennuyé de ne pas t’appeler par ton nom. J’attends que tu me l’écrives. Adieu ! Ah ! si tu m’aimes moins, tu ne m’auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.-S. – La guerre, cette année, n’est plus reconnaissable. J’ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance qui ne s’exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants dont tu ne parles pas ! Pardi ! cela allongerait tes lettres de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin, n’auraient pas le plaisir de te voir. Femme !!!

Lettre 2 : Victor Hugo à Juliette Drouet

« Le jour où ton regard a rencontré mon regard pour la première fois, un rayon est allé de ton coeur au mien comme l’aurore à une ruine », écrit Victor Hugo sur le carnet de sa maîtresse après leur rencontre, le 2 janvier 1833. Elle est actrice, indépendante, mais prête à tout pour le grand homme. Malgré les obligations familiales de Hugo, les drames, les chaos de ses carrières littéraires et politique, les infidélités du poète, ils ne se quitteront plus. Victor Hugo a écrit trois cents lettres d’amour à Juliette.

21 mai 1844

Que veux-tu que je t’écrive ? Que veux-tu que je te dise ? Je suis plein de toi. Depuis plus de onze ans, n’as-tu pas mon souffle, mon sang, ma vie ? Que puis-je t’apprendre que tu ne saches ? N’es-tu pas au commencement et à la fin de toutes mes pensées ? O ma bien-aimée, il me semble que tu es devenue moi-même, et que quand je te parle, je parle à mon âme. — Lis donc ce qui est en moi, et vois comme je t’aime.

Tu as été longtemps ma joie ; maintenant tu es ma consolation. Ton regard est si charmant, ton sourire est si ineffable et si doux, tu répands autour de toi un tel rayonnement de grâce, de dévouement et d’amour que j’oublie mon deuil et que je sors de ma nuit en te regardant ! Tout frappé et tout brisé que je suis, il me semble, quand je suis près de toi, qu’il peut encore entrer un peu de lumière dans mes yeux et un peu de bonheur dans mon âme ! — Je t’aime, mon pauvre ange ! Tu as tous les trésors qu’une femme peut avoir dans le coeur et dans l’esprit. Tu es riche, va ! Tu t’es élevée par le plus noble amour à la plus haute vertu. Toi qui m’as ôté tant de jours de deuil, toi qui m’as fait tant de jours de fête, aie un jour de fête aujourd’hui ! Sois heureuse comme tu es bénie ! sois heureuse comme tu es bonne ! Sois heureuse comme tu es aimée ! Ecarte de ton beau front et de ton grand cœur les petits chagrins du moment, les ombres, les nuages qui passent ! Tu mérites le ciel. Je voudrais que Dieu te le donnât sans t’ôter à moi ! Qu’il te fît ange en te laissant femme ! — Je t’aime ! —

Lettre 3 : Honoré de Balzac à Madame Hanska

Celle qui signe « L’Etrangère » entre dans la vie de Balzac en 1832 grâce à une lettre postée d’Odessa. Madame Hanska ne se fait connaître qu’au terme de plusieurs mois de correspondance assidue. Le romancier en devient amoureux sans l’avoir jamais vue. Ils se rencontrent pour la première fois le 25 septembre 1833, à Neuchâtel. Balzac a le sentiment qu’une nouvelle vie commence pour lui, mais son mariage avec son « étoile polaire » devra attendre la mort du comte Hanski, en 1842, et la liquidation d’une succession difficile. Quand Madame Hanska vient enfin le rejoindre à Paris, en 1850, l’écrivain n’a plus que quelques mois à vivre.

Dimanche 1er décembre 1833

Si tu savais combien de superstitions tu me donnes. Dès que je travaille je mets à mon doigt le talisman, cet anneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets au 1er doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte que ta pensée m’étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l’air mes mots, et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j’y ai trouvé tout Séraphîta.

Amour céleste, que de choses j’ai à te dire, et pour lesquelles il faudrait les saintes heures pendant lesquelles le coeur sent le besoin de se mettre à nu. Les adorables plaisirs de l’amour ne sont que les moyens d’arriver à cette union, cette fusion des âmes. Chère, avec quelle joie, je vois mes fortunes de coeur, et le sort de mon âme assurés. Oui, je t’aimerai, seule et unique dans toute ma vie. Tu as tout ce qu’il me plaît. Tu exhales pour moi, le parfum le plus enivrant qu’une femme puisse avoir, cela seul est un trésor d’amour. Je t’aime avec un fanatisme qui n’exclut pas cette ravissante quiétude d’un amour sans orages possibles. Oui, dis-toi bien que je respire par l’air que tu aspires, que je ne suis jamais avoir d’autre pensée que toi. Tu es la fin de tout pour moi. Tu seras La Dilecta jeune, et déjà je te donne La Prédilecta, ne murmure pas de cette alliance de 2 sentiments, je voudrais croire que je t’aimais en elle, et que les nobles qualités qui m’ont attendri, qui m’ont fait le meilleur que n’étais, sont toutes en toi.

Je t’aime, mon ange de la terre, comme on aimait au Moyen Âge, avec la plus entière des fidélités, et mon amour sera toujours plus grand, sans tache, je suis fier de cet amour. C’est le principe d’une nouvelle vie. De là, le nouveau courage que je me sens contre mes dernières adversités. Je voudrais être plus grand, être quelque chose de glorieux pour que la couronne à poser sur ta tête fût la plus feuillue, la plus fleurie, de toutes celles qu’ont noblement gagnées les grands hommes. N’aie donc jamais ni défiance, ni crainte ; il n’y a pas d’abîmes dans les cieux. Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines de baisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien je t’aime, toi, mon Eve.

Lettre 4 : Alfred Musset à Georges Sand

Plus sensuelle que passionnée, Georges Sand ne partage pas l’amour exalté que lui voue Alfred de Musset. Leur liaison orageuse atteint son paroxysme à Venise, en 1834, où la romancière, qui entretient une liaison avec le docteur Pagello, tente de convaincre Musset qu’il est en train de devenir fou. Après des mois de crise, de ménage à trois, puis de séparation, une réconciliation s’amorce. Mais Musset, dans une lettre écrite de Baden,montre que ses sentiments n’ont pas évolué comme sa maîtresse le souhaitait. La réponse de Georges Sand rend la rupture inévitable. Musset évoquera ce drame amoureux dans le célèbre poème « Nuit d’octobre ».

Baden, 1er septembre 1834

Voilà huit jours que je suis parti et je ne t’ai pas encore écrit. J’attendais un moment de calme, il n’y en a plus. Je voulais t’écrire doucement, tranquillement par une belle matinée, te remercier de l’adieu que tu m’as envoyé, il est si bon, si triste, si doux : ma chère âme, tu as un cœur d’ange. Je voudrais te parler seulement de mon amour, ah ! George, quel amour ! Jamais homme n’a aimé comme je t’aime. Je suis perdu, vois-tu, je suis noyé, inondé d’amour ; je ne sais plus si je vis, si je mange, si je marche, si je respire, si je parle ; je sais que je t’aime. Ah ! si tu as eu toute ta vie une soif de bonheur inextinguible, si c’est un bonheur d’être aimée, si tu ne l’as jamais demandé au ciel, oh ! toi, ma vie, mon bien, ma bien-aimée, regarde le soleil, les fleurs, la verdure, le monde ! Tu es aimée, dis-toi, cela autant que Dieu peut être aimé par ses lévites, par ses amants, par ses martyrs ! Je t’aime, ô ma chair et mon sang ! Je meurs d’amour, d’un amour sans fin, sans nom, insensé, désespéré, perdu ! Tu es aimée, adorée, idolâtrée jusqu’à en mourir ! Et non, je ne guérirai pas. Et non, je n’essaierai pas de vivre ; et j’aime mieux cela, et mourir en t’aimant vaut mieux que de vivre. Je me soucie bien de ce qu’ils en diront. Ils disent que tu as un autre amant. Je le sais bien, j’en meurs, mais j’aime, j’aime, j’aime. Qu’ils m’empêchent d’aimer !

Vois-tu, lorsque je suis parti, je n’ai pas pu souffrir ; il n’y avait pas de place dans mon cœur. Je t’avais tenue dans mes bras, ô mon corps adoré ! Je t’avais pressée sur cette blessure chérie ! Je suis parti sans savoir ce que je faisais ; je ne sais si ma mère était triste, je crois que non, je l’ai embrassée, je suis parti ; je n’ai rien dit, j’avais le souffle de tes lèvres sur les miennes, je te respirais encore. Ah ! George, tu as été tranquille et heureuse là-bas. Tu n’avais rien perdu. Mais sais-tu ce que c’est que d’attendre un baiser cinq mois ! Sais-tu ce que c’est pour un pauvre cœur qui a senti pendant cinq mois, jour par jour, heure par heure, la vie l’abandonner, le froid de la tombe descendre lentement dans la solitude, la mort et l’oubli tomber goutte à goutte comme la neige, sais-tu ce que c’est pour un cœur serré jusqu’à cesser de battre, de se dilater un moment, de se rouvrir comme une pauvre fleur mourante, et de boire encore une goutte de rosée, vivifiante ? Oh, mon Dieu, je le sentais bien, je le savais, il ne fallait pas nous revoir. Maintenant c’est fini ; je m’étais dit qu’il fallait revivre, qu’il fallait prendre un autre amour, oublier le tien, avoir du courage J’essayais, je tentais du moins. Mais maintenant, écoute, j’aime mieux ma souffrance que la vie ; vois-tu, tu te rétracterais que cela ne servirait de rien ; tu veux bien que je t’aime ; ton cœur le veut, tu ne diras pas le contraire, et moi, je suis perdu. Vois-tu, je ne réponds plus de rien.

Lettre 5 : Guy de Maupassant à Madame X

On a connu et prêté à Maupassant de nombreuses conquêtes, dans toutes les couches de la société. Mais qui fut cette Madame X, dont l’anonymat résiste encore aux enquêtes des biographes, et pour laquelle Maupassant fait ici un assaut de donjuanisme ?

Tunis, le 19 décembre 1887.

Depuis hier soir, je songe à vous, éperdument. Un désir insensé de vous revoir, de vous revoir tout de suite, là, devant moi, est entré soudain dans mon cœur. Et je voudrais passer la mer, franchir les montagnes, traverser les villes, rien que pour poser ma main sur votre épaule, pour respirer le parfum de vos cheveux.

Ne le sentez-vous pas, autour de vous, rôder, ce désir, ce désir venu de moi qui vous cherche, ce désir qui vous implore dans le silence de la nuit ?

Je voudrais, surtout, revoir vos yeux, vos doux yeux. Pourquoi notre première pensée est-elle toujours pour les yeux de la femme que nous aimons ? Comme elles nous hantent, comme elles nous rendent heureux ou malheureux, ces petites énigmes claires, impénétrables et profondes, ces petites taches bleues, noires ou vertes, qui, sans changer de forme ni de couleur, expriment tour à tour l’amour, l’indifférence et la haine, la douceur qui apaise et la terreur qui glace mieux que les paroles les plus abondantes et que les gestes les plus expressifs.

Dans quelques semaines, j’aurai quitté l’Afrique. Je vous reverrai. Vous me rejoindrez, n’est-ce pas, mon adorée ?

A toi de prendre la plume et de déclarer ta flamme aujourd’hui maintenant !

A bientôt !

Fanny

2 réflexions sur “Je vous aime..

  1. Oui le style est désuet et peu de monde écrirait comme cela de nos jours je vous l’accorde ! Mais ces lettres « littéraires » comme je ‘ai dit sont tout de même des chefs d’oeuvre de lectures à ne pas oublier. Quant à votre poème que je suis allée lire, je l’ai beaucoup aimé, bravo. A bientôt par ici.

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